Prof. Dr. Mehmet Şenoğlu — Chirurgie du cerveau, des nerfs et de la colonne vertébrale
Ressentez-vous un engourdissement de l’auriculaire et de l’annulaire après une longue conversation téléphonique, vous réveillez-vous vers le matin avec les doigts engourdis, ou avez-vous de plus en plus de mal à effectuer des tâches délicates avec la main ? Derrière ces symptômes se cache souvent une compression nerveuse au coude — connue en médecine sous le nom de syndrome du tunnel cubital. Cet état d’évolution insidieuse peut, lorsqu’il est repéré tôt, être maîtrisé par des mesures simples, mais il peut, s’il est négligé, entraîner une faiblesse musculaire permanente. Dans cet article, nous expliquons en langage clair ce qu’est une compression nerveuse au coude, ainsi que ses symptômes, ses causes et ses options de traitement.
Qu’est-ce qu’une compression nerveuse au coude ?
La compression nerveuse au coude est un état dans lequel le nerf ulnaire (cubital) de notre bras est comprimé ou irrité au niveau du coude. Après le syndrome du canal carpien au poignet, c’est la deuxième compression nerveuse la plus fréquente (neuropathie de compression).
Il s’agit fondamentalement d’un problème de « passage étroit ». Le nerf ulnaire, l’un des principaux nerfs de notre corps, commence au cou, descend vers le bras et traverse un tunnel étroit situé juste derrière la saillie osseuse à la face interne du coude (l’épicondyle médial). Ce tunnel est appelé tunnel cubital ; son plancher et ses parois sont formés d’os, et son toit d’une bande ferme de tissu conjonctif. Lorsqu’une pression s’exerce sur le nerf dans ce passage étroit, le syndrome du tunnel cubital apparaît.
Par où passe le nerf ulnaire ?
Lorsque vous posez la main sur la saillie osseuse à la face interne de votre coude, vous pouvez souvent palper du bout des doigts le nerf ulnaire qui y passe. La sensation de « décharge électrique » que nous éprouvons familièrement lorsque nous nous cognons à cet endroit provient également de ce nerf. Le nerf ulnaire est responsable de la sensibilité de l’auriculaire (5e) et de l’annulaire (4e) de la main, ainsi que du fonctionnement de certains petits muscles de la main. Pour cette raison, les symptômes de la compression se limitent précisément à cette région ; ils n’affectent pas le pouce et l’index.
Quels sont les symptômes d’une compression nerveuse au coude ?
Le syndrome du tunnel cubital ne commence en général pas bruyamment ; au contraire, il évolue de manière insidieuse et lente. Les patientes et les patients ne se souviennent souvent pas exactement du moment où les symptômes ont commencé. Les principaux symptômes sont :
- Engourdissement et fourmillements de l’auriculaire et de l’annulaire : c’est le symptôme le plus typique. Ils peuvent aussi se ressentir à la face interne de la main.
- Douleur à la face interne du coude : souvent accompagnée d’une douleur et d’un engourdissement irradiant vers les doigts.
- Symptômes qui s’aggravent lorsque le coude est plié : les symptômes deviennent plus marqués en téléphonant, en conduisant ou en lisant un livre.
- Engourdissement qui augmente la nuit : le coude restant plié pendant le sommeil exerce davantage de pression sur le nerf ; pour cette raison, l’engourdissement augmente la nuit et s’atténue souvent lorsque l’on secoue la main.
- Diminution de la dextérité de la main et faiblesse : dans les cas avancés, boutonner, se coiffer, utiliser un clavier ou tenir des objets devient difficile.
- Fonte musculaire (atrophie) : si le processus se prolonge, une perte de force et un amincissement des muscles de la main et de l’avant-bras peuvent se développer.
Alors que les symptômes sont intermittents aux premiers stades, ils peuvent devenir permanents avec le temps. Pour cette raison, une évaluation à un stade précoce est importante.
Quelles sont les causes d’une compression nerveuse au coude ?
À l’origine de la compression se trouve l’apparition d’une pression ou d’un étirement dans le tunnel étroit que traverse le nerf. Les principaux facteurs qui facilitent cela sont :
- Le coude restant plié pendant de longues périodes : c’est la cause la plus fréquente. Dormir sur le bras ou garder le coude plié toute la journée sollicite le nerf.
- S’appuyer sur le coude et exercer une pression sur le coude : utiliser un ordinateur portable sur les genoux ou poser le coude sur un bureau ou la vitre d’une voiture crée une pression. En été surtout, le contact direct du coude avec des surfaces dures lorsque l’on porte des vêtements à manches courtes augmente ce risque.
- Mouvements répétés du coude : les activités répétitives telles que l’utilisation d’un clavier, jouer de la guitare ou peindre sont risquées.
- Traumatisme du coude, fracture ou luxation : des blessures antérieures et leurs périodes de guérison peuvent préparer le terrain à une compression nerveuse.
- Affections provoquant un gonflement du coude : la calcification et les maladies rhumatismales peuvent entraîner un rétrécissement du tunnel.
- Particularités anatomiques : chez certaines personnes, le nerf glisse hors du tunnel lorsque le coude se plie, puis y revient ; avec le temps, cela use le nerf.
- Les maladies systémiques telles que le diabète peuvent rendre les nerfs plus vulnérables aux compressions.
Pour cette raison, le risque est plus élevé chez les personnes travaillant à un bureau, chez les utilisateurs fréquents du téléphone et chez les conducteurs qui appuient leur bras contre la vitre.
Comment diagnostique-t-on une compression nerveuse au coude ?
Le diagnostic commence par une anamnèse détaillée et un examen physique. Deux tests couramment utilisés sont employés lors de l’examen :
- Signe de Tinel : lorsque le nerf ulnaire au coude est tapoté légèrement avec un doigt, une sensation de décharge électrique irradiant vers l’auriculaire et l’annulaire se produit.
- Test de flexion du coude : le poignet étant maintenu droit, le coude est plié autant que possible et maintenu un moment dans cette position ; pendant ce temps, un engourdissement ou des fourmillements apparaissent dans les 4e et 5e doigts.
La méthode la plus précieuse pour préciser le diagnostic et mesurer le degré d’atteinte nerveuse est l’EMG (électromyographie / étude de la conduction nerveuse). Cet examen montre où et à quel degré le nerf est comprimé. Des examens d’imagerie tels qu’une radiographie, et une IRM si nécessaire, peuvent également être demandés pour évaluer le coude. Par ailleurs, il faut aussi distinguer les affections pouvant provoquer des symptômes similaires, comme une hernie discale cervicale (compression de la racine nerveuse C8-T1).
La différence entre le syndrome du tunnel cubital et le syndrome du canal carpien
Ces deux affections sont souvent confondues, mais l’emplacement de la compression et les doigts atteints sont différents. Le syndrome du tunnel cubital est une compression du nerf ulnaire au coude, et les symptômes apparaissent dans l’auriculaire et l’annulaire. Le syndrome du canal carpien, quant à lui, est une compression du nerf médian au poignet, et les symptômes se ressentent dans le pouce, l’index et le majeur. Cette distinction est importante pour un diagnostic et un traitement corrects.
Traitement de la compression nerveuse au coude
La première étape la plus importante du traitement consiste à éliminer le facteur qui cause la compression. L’approche est déterminée en fonction du stade de l’affection et, en particulier, de la présence ou non d’une perte musculaire.
Traitement non chirurgical (conservateur)
Dans les cas précoces et légers où il n’y a pas de perte musculaire, on applique d’abord des méthodes non chirurgicales :
- Adaptation du comportement et de la posture : éviter de garder le coude plié pendant de longues périodes, de dormir sur le bras et les mouvements qui exercent une pression sur le coude.
- Attelle de nuit : une attelle qui maintient le coude en position droite pendant le sommeil réduit la charge sur le nerf et atténue les symptômes nocturnes.
- Médication : les anti-inflammatoires antalgiques (AINS) jugés appropriés par le médecin réduisent la douleur et l’irritation.
- Kinésithérapie et exercices : les exercices de glissement nerveux, la thérapie manuelle et les méthodes de kinésithérapie appropriées aident à soulager le nerf.
Traitement chirurgical
La chirurgie est envisagée chez les patientes et les patients qui ne répondent pas au traitement conservateur, qui ont développé une faiblesse musculaire marquée ou une fonte musculaire, et dont les symptômes sont devenus insupportables. Dans ce cas, la chirurgie est nécessaire pour empêcher la progression de l’atteinte neurologique. L’objectif principal de la chirurgie est de libérer le nerf ulnaire et de soulager la pression qui s’exerce sur lui ; cela peut se faire en élargissant le tunnel ou en déplaçant le nerf vers l’avant du coude (transposition). On obtient en général une très bonne réponse à la chirurgie. Après l’opération, des exercices qui préservent la force musculaire et la mobilité articulaire sont recommandés sous la supervision d’un kinésithérapeute.
Pourquoi un diagnostic précoce est-il important ?
Dans le syndrome du tunnel cubital, le temps est précieux. Alors que dans les cas diagnostiqués tôt, des mesures simples et la kinésithérapie suffisent souvent, dans les cas négligés pendant longtemps, l’atteinte nerveuse peut devenir permanente, et la fonte musculaire qui se développe ne se résorbe pas toujours. Pour cette raison, il est très important de consulter un médecin lorsqu’un engourdissement persistant de l’auriculaire et de l’annulaire, une faiblesse de la main ou une perte de dextérité est remarqué.
Questions fréquemment posées
Vous trouverez ci-dessous les questions les plus fréquemment posées concernant la compression nerveuse au coude, accompagnées de réponses brèves. Ces réponses ont une valeur d’information générale ; l’information qui s’applique à votre situation particulière est celle de votre médecin.
Quelles sont les causes d’une compression nerveuse au coude ?
Les causes les plus fréquentes sont le coude restant plié pendant de longues périodes et la pression exercée sur le coude. Dormir sur le bras, poser le coude sur des surfaces dures, les mouvements répétés du coude, les traumatismes antérieurs du coude, les affections provoquant un gonflement comme la calcification et les maladies telles que le diabète préparent le terrain à cette compression.
Quels sont les symptômes d’une compression nerveuse au coude ?
Le symptôme le plus typique est un engourdissement et des fourmillements de l’auriculaire et de l’annulaire. Cela peut s’accompagner d’une douleur à la face interne du coude. Les symptômes augmentent lorsque le coude est plié et la nuit ; dans les cas avancés, une faiblesse de la main, une perte de dextérité et une fonte musculaire peuvent apparaître.
Une compression nerveuse au coude disparaît-elle d’elle-même ?
Dans les cas précoces et légers, les symptômes peuvent largement régresser grâce à la correction des comportements à l’origine de la compression, à une attelle de nuit et à un traitement approprié. Toutefois, une guérison spontanée complète ne peut pas toujours être attendue ; comme l’atteinte peut devenir permanente dans les cas négligés pendant longtemps, il est important de consulter un médecin.
Pourquoi augmente-t-elle la nuit pendant le sommeil, et comment puis-je la soulager ?
Pendant le sommeil, le coude reste plié pendant longtemps sans que l’on en soit conscient, et cela exerce davantage de pression sur le nerf ulnaire, ce qui accroît l’engourdissement nocturne. Avec la recommandation de votre médecin, l’utilisation d’une attelle qui maintient le coude droit la nuit peut aider à atténuer ce symptôme.
Comment se déroule une opération pour une compression nerveuse au coude ?
Lors de l’opération, le nerf ulnaire comprimé est libéré ; cela peut se faire en élargissant le tunnel que traverse le nerf ou en déplaçant le nerf vers l’avant du coude. L’objectif est de soulager la pression exercée sur le nerf, et on obtient en général un très bon résultat.
Quel médecin consulter pour une compression nerveuse au coude ?
Pour vos symptômes, vous pouvez consulter des spécialistes en chirurgie du cerveau et des nerfs, en orthopédie, en neurologie ou en kinésithérapie et rééducation. Pour un diagnostic correct, un examen EMG est généralement réalisé en complément de l’examen physique.
Est-ce la même chose que le syndrome du canal carpien ?
Non. Le syndrome du canal carpien est une compression du nerf médian au poignet et affecte le pouce, l’index et le majeur. La compression nerveuse au coude (syndrome du tunnel cubital), quant à elle, concerne le nerf ulnaire et produit des symptômes dans l’auriculaire et l’annulaire.
Que se passe-t-il si elle n’est pas traitée ?
Si la compression se prolonge, le nerf peut être endommagé de façon permanente ; une perte de force irréversible et un amincissement (atrophie) peuvent se développer dans les muscles de la main et de l’avant-bras. Pour cette raison, il est important de la faire évaluer avant que les symptômes ne progressent.
Avertissement (Mention légale)
Les informations contenues dans cet article ont été préparées uniquement à des fins d’information générale et ne remplacent en aucune façon un examen médical, un diagnostic ou un traitement. L’évolution d’une compression nerveuse au coude et son traitement approprié varient selon le degré et la durée de la compression et l’état de santé général de la patiente ou du patient, et ne peuvent être déterminés que par un médecin qui vous examine. Si vous avez un symptôme ou avant de prendre toute décision concernant votre santé, consultez toujours un médecin spécialiste.