Prof. Dr. Mehmet Şenoğlu — Chirurgie du cerveau, des nerfs et de la colonne vertébrale
Une part importante des patientes et patients qui viennent à mon cabinet commencent par la même phrase : « Docteur, ma main gauche s’engourdit. J’ai regardé sur Internet, on dit que c’est un infarctus. J’ai eu très peur. » Je comprends cette peur ; l’association entre « bras gauche » et « crise cardiaque » est si bien ancrée dans l’esprit du public que le moindre fourmillement dans la main gauche suffit à semer l’inquiétude.
Dans cet article, en tant que chirurgien du cerveau et des nerfs, je souhaite vous expliquer ce sujet aussi clairement que possible. Car il y a ici deux types d’erreurs, et toutes deux sont néfastes : la première consiste à prendre chaque engourdissement pour un infarctus et à vivre dans une panique inutile. La seconde — et c’est la plus dangereuse — consiste à balayer un véritable symptôme d’infarctus en se disant « ce n’est qu’un nerf coincé ».
Permettez-moi de vous donner d’abord l’information la plus importante : un engourdissement des doigts à lui seul, présent depuis des jours ou des semaines, n’est pas un signe typique d’infarctus. Toutefois, si cet engourdissement a débuté brutalement et s’accompagne de symptômes tels qu’une douleur thoracique, un essoufflement ou des sueurs froides, la situation est tout autre et il ne faut pas perdre de temps.
Développons maintenant cette distinction, étape par étape.
D’abord l’urgence : les symptômes pour lesquels il faut appeler immédiatement les secours
Je vous demande de lire cette section avant de lire le reste de l’article. Si l’un des tableaux ci-dessous est présent, n’attendez pas, ne cherchez pas d’informations — appelez le 112 (les secours) :
Un tableau évoquant un infarctus :
- Une pression, un serrement, une lourdeur ou une sensation de « poids qui écrase » au milieu de la poitrine — une sensation qui ne change ni avec la respiration ni avec le mouvement
- L’irradiation de cette sensation vers la mâchoire, le cou, l’épaule, le dos ou le bras gauche
- Des sueurs froides, une pâleur
- Un essoufflement
- Des nausées, des vomissements, une sensation de brûlure au niveau de l’estomac
- Des vertiges, une sensation de malaise imminent, une faiblesse soudaine
Un tableau évoquant un accident vasculaire cérébral (AVC) :
- Un engourdissement ou une perte de force apparaissant brutalement d’un seul côté du corps
- La bouche qui se déforme d’un côté, un affaissement d’une moitié du visage
- Un trouble de la parole, l’impossibilité de trouver ses mots, l’incapacité à comprendre ce qui est dit
- Une perte de la vue soudaine, une perte d’équilibre, un mal de tête très intense et soudain
Face à ces symptômes, chaque minute compte. Attendre en se disant « ça va peut-être passer » peut entraîner des lésions irréversibles au cœur et au cerveau.
La sensation d’un infarctus et l’engourdissement d’origine nerveuse sont-ils la même chose ?
Non, et la différence entre les deux est plus marquée que ne le pensent la plupart de mes patientes et patients.
Une plainte d’origine cardiaque est généralement moins un « engourdissement » qu’une douleur, une pression, une lourdeur ou une gêne irradiante. Elle se propage vers le bas le long de la face interne du bras gauche, n’est pas limitée à des doigts précis et ses contours sont flous. Elle s’accompagne presque toujours d’autres symptômes : oppression thoracique, essoufflement, sueurs froides. Il est typique qu’elle augmente à l’effort (monter des escaliers, marcher) et diminue au repos.
L’engourdissement d’origine nerveuse, en revanche, est beaucoup plus « cartographié ». Il s’installe dans des doigts précis, est de type fourmillement ou picotement, et varie avec la position du cou ou de la main. Il se développe généralement lentement, sur des jours ou des semaines, et survient isolément.
Je résume cela ainsi à mes patients : les problèmes nerveux demandent « quel doigt ? » ; les problèmes cardiaques demandent « quoi d’autre ? »
Je dois toutefois être honnête ici : en médecine, il existe des exceptions. En particulier chez les personnes diabétiques, les personnes âgées et les femmes, un infarctus peut évoluer sans douleur thoracique typique, avec seulement une fatigue, un essoufflement ou une gêne imprécise irradiant dans le bras. C’est pourquoi, en cas de doute, se faire évaluer est toujours la voie la plus sûre.
Quelles sont les véritables causes de l’engourdissement de la main gauche et des doigts ?
Dans ma consultation, chez la grande majorité des patients qui viennent pour un engourdissement de la main gauche, la cause n’est pas le cœur mais le système nerveux. Les plus fréquentes que je rencontre :
Le syndrome du canal carpien
C’est la compression du nerf médian au poignet, et la cause la plus fréquente d’engourdissement de la main. Il touche typiquement le pouce, l’index, le majeur et le côté pouce de l’annulaire. Sa caractéristique la plus marquante : il augmente la nuit, réveille le patient et se calme lorsqu’on secoue la main. À un stade plus avancé apparaissent des difficultés à ouvrir un bocal et une tendance à laisser tomber les objets.
Le syndrome du canal cubital (compression du nerf ulnaire au coude)
C’est la compression du nerf ulnaire sur la face interne du coude. Il touche l’annulaire et l’auriculaire. Il augmente lorsqu’on garde le coude plié longtemps (téléphoner, poser le coude sur la table).
La hernie discale cervicale (radiculopathie cervicale)
Lorsque le disque du cou appuie sur une racine nerveuse, l’engourdissement irradie du cou vers l’épaule, le bras et les doigts. Les doigts touchés indiquent le niveau atteint. Il est typique qu’il augmente avec les mouvements du cou et en toussant ou en éternuant.
Le syndrome du défilé thoraco-brachial
C’est la compression du paquet vasculo-nerveux dans le passage étroit situé entre le cou et l’aisselle. Il provoque un engourdissement et une faiblesse qui augmentent lorsqu’on lève le bras.
Les causes générales (systémiques)
- Le diabète : un taux de sucre non contrôlé abîme les nerfs et provoque généralement un engourdissement symétrique des deux mains et des pieds.
- La carence en vitamine B12 : elle est essentielle à la santé des nerfs ; sa carence entraîne un engourdissement diffus.
- Les maladies thyroïdiennes, les maladies rénales, certains médicaments.
- Les troubles circulatoires et le phénomène de Raynaud : au froid, les doigts changent de couleur et s’engourdissent.
Les causes simples et passagères
Dormir sur son bras, rester longtemps dans la même position, une bandoulière trop étroite… Dans ces cas, l’engourdissement disparaît en quelques minutes et ne nécessite aucune inquiétude.
Pourquoi le fait que ce soit la « main gauche » fait-il si peur ?
Parce que dans un infarctus, l’endroit où la douleur irradie le plus souvent est effectivement le bras gauche. Cette information est exacte. Mais une erreur de raisonnement importante est commise ici :
La phrase « lors d’un infarctus, la douleur peut irradier dans le bras gauche » ne signifie pas « toute personne dont le bras gauche s’engourdit fait un infarctus ».
Je l’explique ainsi à mes patients : la plupart des gens qui ont la grippe ont mal à la tête ; mais tous ceux qui ont mal à la tête n’ont pas la grippe. Statistiquement, la cause d’un engourdissement de la main gauche est, dans l’écrasante majorité des cas, d’origine nerveuse.
J’ajouterai aussi ceci : un infarctus peut également irradier vers le bras droit, la mâchoire, le dos ou l’estomac. Le fait que ce soit « à gauche » n’est donc pas le seul élément déterminant ; ce qui l’est vraiment, ce sont les symptômes associés.
Comment le diagnostic est-il posé ?
Un bon diagnostic commence par les bonnes questions. Lorsque j’évalue un patient, je cherche à savoir :
- Dans quels doigts se situe l’engourdissement ? (Cela seul est déjà très instructif.)
- Quand a-t-il commencé, et s’est-il installé brutalement ou lentement ?
- Quand augmente-t-il : la nuit, à l’effort, avec les mouvements du cou ?
- Y a-t-il quelque chose d’associé : oppression thoracique, essoufflement, perte de force ?
- Existe-t-il une maladie connue comme un diabète, un trouble thyroïdien ou une anémie ?
Vient ensuite l’examen neurologique. Au besoin :
- L’EMG (électromyographie) : il montre où et à quel point le nerf est comprimé ; c’est l’examen le plus précieux dans les compressions nerveuses.
- L’IRM cervicale : en cas de suspicion de hernie ou de compression nerveuse.
- Les analyses de sang : pour évaluer la glycémie, la vitamine B12 et la thyroïde.
- L’évaluation cardiaque (ECG, avis cardiologique) : si la plainte est liée à l’effort, si des symptômes thoraciques l’accompagnent ou s’il existe des facteurs de risque.
Permettez-moi de souligner ici un point important : en cas de doute, on élimine d’abord le cœur. En tant que chirurgien du cerveau, je n’hésite pas à orienter vers la cardiologie les patients pour lesquels je le juge nécessaire. Car une compression nerveuse peut attendre ; un infarctus, non.
À quel service dois-je m’adresser ?
- En cas de douleur thoracique, d’essoufflement ou de sueurs froides, ou si l’engourdissement est apparu brutalement : directement aux urgences — ou appelez le 112.
- Si l’engourdissement dure depuis des jours/semaines, touche des doigts précis et survient isolément : vous pouvez vous adresser à la Neurologie, à la Neurochirurgie (chirurgie du cerveau et des nerfs) ou à la Médecine physique et de réadaptation.
- S’il apparaît à l’effort et disparaît au repos : d’abord la Cardiologie.
- Si vous êtes diabétique ou si une fatigue générale l’accompagne : la Médecine interne est un bon point de départ.
Je tiens aussi à rappeler qu’aller en neurochirurgie ne signifie pas nécessairement une opération ; la grande majorité des compressions nerveuses se gèrent par des méthodes non chirurgicales.
Le traitement de l’engourdissement d’origine nerveuse
Si la cause est une compression nerveuse, le traitement suit généralement les étapes suivantes :
- L’utilisation d’une attelle : dans le canal carpien, une attelle de poignet nocturne est très efficace.
- L’aménagement de l’activité et de l’ergonomie : garder le poignet en position neutre, ne pas appuyer le coude sur une surface dure, mettre l’écran à hauteur des yeux, faire des pauses.
- Le traitement médicamenteux et, au besoin, une injection locale.
- La kinésithérapie et les exercices de glissement nerveux.
- Le traitement de la cause sous-jacente : contrôle du diabète, correction d’une carence en B12, traitement thyroïdien.
- La chirurgie : elle n’entre en jeu que lorsque ces méthodes se révèlent insuffisantes, ou en cas de perte de force progressive et de fonte musculaire.
Je tiens à insister : s’il y a un amincissement de la main (fonte musculaire) ou une perte de force qui s’aggrave, il ne faut pas dire « attendons encore un peu ». En chirurgie nerveuse, le temps influe directement sur le résultat.
Questions fréquemment posées
Vous trouverez ci-dessous les questions les plus fréquemment posées sur ce sujet, accompagnées de réponses brèves. Ces réponses ont une valeur d’information générale ; l’information qui s’applique à votre situation particulière est celle du médecin qui vous examine.
L’engourdissement de la main gauche et des doigts est-il un signe d’infarctus ?
Un engourdissement isolé, présent depuis longtemps et localisé dans des doigts précis, n’est généralement pas un signe d’infarctus ; sa cause la plus fréquente est une compression nerveuse. Toutefois, s’il s’accompagne d’une oppression thoracique, d’un essoufflement, de sueurs froides, de nausées ou d’une douleur irradiant vers la mâchoire ou le dos, il s’agit d’une urgence et il faut appeler immédiatement le 112.
À quoi ressemble l’engourdissement du bras lors d’un infarctus ?
Une plainte d’origine cardiaque est généralement moins un « engourdissement » net qu’une douleur, une lourdeur ou une sensation de pression se propageant le long de la face interne du bras gauche. Elle n’est pas limitée à des doigts précis, ses contours sont flous, et des symptômes thoraciques l’accompagnent presque toujours. Il est typique qu’elle augmente à l’effort et diminue au repos.
Dois-je m’inquiéter si seule ma main gauche s’engourdit ?
Le fait que l’engourdissement soit à gauche n’est pas à lui seul déterminant ; un infarctus peut aussi irradier vers le bras droit, la mâchoire, le dos ou l’estomac. Ce qui est vraiment déterminant, ce sont les symptômes associés et le caractère de l’engourdissement. Cela dit, tout engourdissement qui dure, récidive ou s’aggrave doit être évalué.
Quelle est la cause la plus fréquente de l’engourdissement de la main gauche et des doigts ?
La cause que je rencontre le plus souvent dans ma consultation est le syndrome du canal carpien (compression du nerf médian au poignet). Viennent ensuite la compression du nerf ulnaire au coude, la hernie discale cervicale, le syndrome du défilé thoraco-brachial et des causes générales comme le diabète et la carence en vitamine B12.
Que signifie un engourdissement de la main qui augmente la nuit ?
Un engourdissement qui augmente la nuit, réveille le patient et se calme lorsqu’on secoue la main est la caractéristique la plus typique du syndrome du canal carpien. Les symptômes d’infarctus ne présentent pas cette particularité de « disparaître en secouant ».
Une hernie discale cervicale peut-elle provoquer un engourdissement de la main gauche ?
Oui. Lorsque le disque du cou appuie sur une racine nerveuse, l’engourdissement peut irradier du cou vers l’épaule, le bras et les doigts. Les doigts touchés indiquent le niveau responsable. Il est typique qu’il augmente avec les mouvements du cou et en toussant.
À quel service faut-il s’adresser pour un engourdissement de la main ?
Si des symptômes thoraciques l’accompagnent, il faut se rendre aux urgences ou en cardiologie. Si l’engourdissement est isolé et touche des doigts précis, la Neurologie, la Neurochirurgie ou la Médecine physique et de réadaptation sont les services appropriés. Si vous êtes diabétique, la Médecine interne est également un bon point de départ.
L’engourdissement de la main disparaît-il tout seul ?
Un engourdissement dû à des causes simples, comme dormir dans une mauvaise position, disparaît en quelques minutes. En revanche, il n’est pas judicieux d’attendre que disparaisse d’elle-même une sensation qui persiste depuis des jours, récidive ou s’aggrave ; la cause sous-jacente doit être identifiée et traitée.
Avertissement (Mention légale)
Les informations contenues dans cet article ont été préparées uniquement à des fins d’information générale et ne remplacent en aucune façon un examen médical, un diagnostic ou un traitement. La cause d’un engourdissement de la main et des doigts, le traitement approprié et les examens nécessaires varient considérablement d’une personne à l’autre et ne peuvent être déterminés que par un médecin qui vous évalue. Cet article n’est pas un guide vous permettant d’évaluer par vous-même des urgences telles qu’un infarctus ou un AVC. Si des symptômes tels qu’une douleur thoracique, un essoufflement, des sueurs froides, une perte de force unilatérale d’apparition brutale, un trouble de la parole ou une déformation du visage sont présents, appelez le 112 ou rendez-vous aux urgences les plus proches sans perdre de temps.