Vous êtes allé chez le médecin en vous plaignant de douleurs au dos, à la jambe ou à la hanche. Les examens nécessaires ont été réalisés, une IRM a été effectuée, et vous avez commencé à lire le compte rendu qu’on vous a remis. La première chose qui a attiré votre regard a été cette phrase écrite en caractères gras : « Un bulging diffus est observé aux niveaux L3-L4 et L4-L5. »
Rechercher des termes médicaux sur Internet conduit souvent à la confusion, à la surcharge d’informations et à une panique inutile. De nombreux patients, en lisant cette formulation, s’inquiètent en pensant qu’ils doivent être opérés d’urgence ou qu’ils courent un risque de paralysie. Respirez profondément. Examinons, dans les termes les plus clairs possibles, ce que signifie réellement ce terme que nous rencontrons des dizaines de fois par jour dans les consultations de neurochirurgie, s’il signifie « hernie » et ce que vous devez faire par la suite.
Où se situent L3-L4 et L4-L5 ? Pourquoi est-ce toujours cette zone qui pose problème ?
Tout d’abord, il faut savoir où se situe le problème et pourquoi il survient dans cette région. Notre colonne vertébrale est constituée d’os (les vertèbres) qui s’étendent du cou au coccyx, qui nous permettent à la fois de nous tenir debout et qui protègent la moelle épinière qui les traverse. Dans notre région lombaire se trouvent 5 vertèbres désignées par la lettre « L » (l’abréviation du mot lombaire).
L3-L4 et L4-L5 sont les espaces intervertébraux situés dans la partie inférieure de votre dos. Dans l’anatomie humaine, ce sont des points clés où se croise le centre de gravité du corps, sur lesquels la charge est la plus importante et qui assurent une grande partie de notre mobilité, comme la flexion vers l’avant et vers l’arrière. Comme ils sont constamment exposés à la pression et au mouvement, tout comme un engrenage de machine fréquemment utilisé, ces espaces sont précisément les endroits où l’usure et les problèmes sont le plus souvent observés.
Qu’est-ce qu’un « bulging diffus » exactement ?
Entre nos vertèbres se trouvent des disques de structure cartilagineuse qui empêchent les os de frotter les uns contre les autres lors des mouvements et qui jouent le rôle d’« amortisseurs » absorbant les chocs lorsqu’on marche ou qu’on saute. Nous pouvons comparer ces disques à une pâtisserie fourrée de confiture à l’intérieur et faite d’une pâte ferme à l’extérieur, ou à un pneu de voiture gonflé à pleine pression. L’extérieur du disque est constitué d’une enveloppe dure (l’anulus fibrosus) et l’intérieur d’un liquide gélatineux (le nucleus pulposus).
Bulging : Un mot d’origine anglaise qui signifie en médecine « débordement, gonflement, bombement ».
Diffus : Signifie « répandu, général, circonférentiel ».
Autrement dit, un bulging diffus est l’écrasement du disque situé entre deux vertèbres en raison de facteurs tels que le vieillissement, des mouvements inappropriés, un travail prolongé au bureau ou un excès de poids, et son débordement symétrique tout autour (360 degrés) au-delà de ses limites naturelles. Un pneu de voiture légèrement dégonflé qui se bombe sur les côtés lorsqu’on y exerce un poids est la meilleure description du bulging diffus.
Le bulging est-il une « hernie discale » ?
Donnons une réponse claire au sujet le plus interrogé et le plus mal compris : Non, un bulging diffus n’est pas une hernie discale pleinement éclatée. Cet état est la première étape du processus de hernie.
Au stade du bulging, la paroi externe du disque n’est pas encore déchirée ; elle s’est seulement étirée et élargie vers l’extérieur. Si ce débordement avertisseur n’est pas pris au sérieux, que l’on continue à surcharger le dos et que les muscles sont laissés faibles, cette paroi externe dure peut, avec le temps, se déchirer. La substance gélatineuse à l’intérieur s’échappe par cette déchirure et commence à exercer une pression directe sur le canal rachidien et les racines nerveuses. C’est précisément pour cet état que nous, les chirurgiens, utilisons plus souvent la définition d’une véritable « hernie discale » avancée (disque extrudé ou séquestré).
Quelles plaintes cet état provoque-t-il ?
C’est un fait scientifique intéressant que si l’on faisait passer une IRM à 100 adultes en bonne santé de plus de 40 ans, ne se plaignant d’aucune douleur dorsale, croisés dans la rue, il est très probable que le résultat d’une grande partie d’entre eux indiquerait « bulging diffus L4-L5 ». Car il s’agit, plutôt que d’une maladie, d’une partie du processus naturel de vieillissement et d’usure de la colonne vertébrale.
Si l’importance du débordement dans le disque est faible et qu’il n’exerce pas de pression marquée sur les nerfs environnants, il peut ne donner aucun symptôme. Cependant, si le débordement est un peu plus important et qu’il est en contact avec les racines nerveuses, vous pouvez ressentir les plaintes suivantes : une sensation de fatigue, de raideur et d’ankylose dans le dos lorsque vous vous levez le matin ; des douleurs dorsales qui augmentent lorsqu’on reste debout longtemps, qu’on marche ou qu’on reste assis immobile ; des douleurs qui irradient de temps à autre vers la hanche et l’arrière de la cuisse ; une sensation de « blocage » du dos lors de mouvements brusques.
Quand faut-il s’inquiéter ? (Signaux d’alarme)
Bien que le terme bulging sur votre compte rendu d’IRM ne soit pas effrayant en lui-même, si vous ressentez un ou plusieurs des symptômes suivants, vous devez consulter un médecin spécialiste sans perdre de temps :
Une perte de force soudaine et croissante dans la jambe ou le pied (par exemple, l’incapacité de marcher sur la pointe des pieds ou sur le talon, un tableau de « pied tombant ») ; une incapacité à retenir l’urine ou les selles, une incontinence ; un engourdissement entre les jambes et dans la région génitale (un engourdissement comme si l’on était assis sur une selle) ; une douleur intense à la jambe qui ne répond pas aux antalgiques et qui vous réveille la nuit.
Dois-je me faire opérer ? Comment se déroule le traitement ?
Une décision d’opérer n’est jamais prise directement simplement parce que le compte rendu d’IRM indique « bulging diffus L3-L4, L4-L5 ». Le principe fondamental des spécialistes en neurochirurgie est de traiter le patient non pas en fonction du compte rendu d’IRM ou des images sur le papier, mais en fonction des résultats de l’examen physique et neurologique et de la mesure dans laquelle ses plaintes affectent sa qualité de vie.
Pour la grande majorité des patients chez qui ce diagnostic est posé, les méthodes conservatrices (non chirurgicales) sont amplement suffisantes et efficaces :
Repos et traitement médicamenteux : Pendant la phase douloureuse aiguë (à début soudain), un repos au lit de courte durée, des myorelaxants prescrits par votre médecin et des médicaments anti-inflammatoires résorbant l’œdème suppriment rapidement les plaintes.
Contrôle du poids : C’est l’une des étapes les plus importantes du traitement. Chaque kilo en trop qui pèse sur votre dos augmente la pression « écrasante » exercée sur ces disques.
Kinésithérapie : Une fois la phase douloureuse passée, les thérapies chaud-froid et les stimulations électriques appliquées sous la supervision de kinésithérapeutes réduisent l’œdème.
Exercices cliniques et Pilates : Il faut retirer toute la charge de la colonne vertébrale et la répartir sur les muscles. Les exercices médicaux qui renforcent les muscles abdominaux (core) et dorsaux et augmentent la souplesse de la colonne vertébrale constituent la solution la plus durable.
Conseils pour la vie quotidienne afin d’en arrêter la progression
Considérez cet état non pas comme un « dommage », mais comme un « signal d’alarme » que vous donne votre colonne vertébrale. Les petits changements que vous apporterez à votre mode de vie empêcheront le bulging de se transformer en une véritable hernie :
En position assise : Si vous travaillez au bureau, soutenez impérativement la cambrure de votre bas du dos avec un coussin ergonomique. Gardez vos genoux au niveau de vos hanches ou un peu plus haut. Toutes les 45 minutes, levez-vous et faites quelques pas.
Lorsque vous ramassez un objet au sol : Ne soulevez jamais un objet en vous penchant à partir de la taille sans plier les genoux (même s’il s’agit d’un léger déchet). Accroupissez-vous, tenez l’objet près de votre poitrine et relevez-vous grâce à la force de vos muscles des jambes.
Pendant le sommeil : Dormir sur le ventre est la position qui sollicite le plus le dos. Lorsque vous dormez sur le dos, placer un coussin sous vos genoux, et lorsque vous dormez sur le côté, en placer un entre vos deux genoux, détendra votre colonne vertébrale. Tenez-vous à l’écart des matelas très mous dans lesquels on s’enfonce ; préférez des matelas de fermeté moyenne qui soutiennent la forme du corps.
Conclusion
En bref, ne laissez pas ces mots figurant sur votre compte rendu d’IRM vous démoraliser. Votre corps vous dit : « Tu malmènes ton dos, fais attention à ta posture, renforce tes muscles et maîtrise ton poids. » Si vous prenez les bonnes mesures, vous pouvez continuer à mener une vie sans douleur et en bonne santé, sans que votre qualité de vie ne diminue. N’oubliez pas que l’interprétation la plus juste et le plan de traitement seront déterminés par votre médecin, qui réalise votre examen et examine vos images d’IRM de ses propres yeux.
Pour toute autre question qui vous préoccupe, pour une évaluation de vos résultats d’IRM et pour la planification d’un rendez-vous, vous pouvez joindre directement notre équipe via notre ligne WhatsApp.
Pr Dr Mehmet Şenoğlu — Spécialiste en neurochirurgie, Izmir
Avertissement : Cet article a été préparé uniquement à des fins d’information générale et ne remplace pas un diagnostic ou un conseil de traitement médical ; pour vos symptômes et la méthode de traitement la plus appropriée, vous devez impérativement vous soumettre à un examen physique par un médecin spécialiste.